Frédérique, l’amie des chiens
Frédérique, l’amie des chiens

Un refuge sublime pour 70 chiens et 50 chats en liberté.
Mais l’Afsca trouve “ la surface lavable insuffisante ”.
Elle se bat pour que son refuge retrouve son agrément
À Sorinnes, près de Dinant, il existe un refuge pour animaux bien différent des autres. Son nom? Sans Famille. Ici, on laisse les 70 chiens gambader en toute liberté parmi les poules, les 13 chevaux, 50 chats et autres cochons! Mais le refuge est menacé! L’Afsca lui a retiré son agrément pour cause de “ surface lavable insuffisante ”. Mais les chiens sont en liberté! Visite...
C’est par une petite route de campagne que nous rejoignons le refuge Sans Famille, dans le Namurois. Un écriteau sur le portail d’entrée nous prévient: “ Numquam flamma extinguitur ”. En latin, cela signifie “ la flamme ne s’éteindra jamais ”. Et c’est bien vrai qu’elle brûle la flamme ici... La flamme de la passion pour les animaux. La flamme de la colère contre toutes les maltraitances... Ce matin-là, nous interrompons Frédérique Smits, et son mari, Jean-Pierre, dans leur corvée quotidienne de grand nettoyage.
Aidé de deux bénévoles, le couple balaie le sol du hangar, rince les écuelles, et... ramasse les crottes! “ Ça fait partie du quotidien. Avec autant d’animaux, on passe énormément de notre temps à nettoyer et à entretenir le refuge ”, explique Frédérique. Une poignée de mains et quelques caresses aux toutous plus tard, nous pénétrons dans l’antre de Sans Famille. Les chiens, une soixantaine en tout, nous accueillent comme il se doit, avec bruit et enthousiasme! Inca, une femelle Berger allemand croisé, semble nous avoir à la bonne. Elle ne nous lâchera pas d’une semelle durant toute notre visite.
Le lieu ne ressemble pas à un refuge ordinaire. Pas de cages à l’horizon. Seul un grand hangar duquel les chiens entrent et sortent à leur guise. “ Nous aimons beaucoup trop nos chiens pour les enfermer. Depuis toujours, nous défendons la cause animale. En juillet 1993, nous avons fondé l’asbl Sans Famille. L’idée était d’ouvrir un refuge où les animaux pouvaient rester en liberté. La philosophie de notre refuge repose sur trois grands principes: un maximum de liberté pour les bêtes, de la nourriture de qualité, et surtout pas d’euthanasie. Un chien qui ne trouve pas de nouvelle famille terminera ses jours chez nous ”, affirme Jean-Pierre.
Le couple s’installe initialement à Gentinnes, en Brabant wallon. Il y restera pendant 17 ans, jusqu’en avril 2009.
“ Le propriétaire du domaine que nous occupions à Gentinnes a voulu revendre ses terres. Nous avons donc dû quitter les lieux et nous mettre en quête d’un terrain suffisamment vaste pour accueillir notre arche de Noé au complet! ”, se souvient Frédérique. “ Nous avons finalement élu domicile ici, sur les six hectares de terrain à Sorinnes ”.
Tous les petits protégés ont été abandonnés et recueillis par les bons soins de nos hôtes. Pour leur permettre de vivre dans un tel confort, Frédérique et Jean-Pierre se sont sacrifiés. Leur refuge, c’est toute leur vie.“ Ce n’est pas comme un travail que l’on quitte en fin de journée. Tenir un refuge, c’est 365 jours par an, 24 heures sur 24 ”.
Les journées sont d’ailleurs réglées comme du papier à musique: lever à 7 heures, ouverture du hangar pour lâcher les chiens après la nuit, nettoyage, soins et repas rythment le quotidien de nos deux amoureux de la cause animale.
Ils sont toutefois secondés par une équipe de bénévoles qui se relaient. Parmi eux, Nancy, une comportementaliste. Deux à trois fois par semaine, la jeune femme vient rendre visite aux animaux qui présentent des troubles de comportement, notamment des chiens stressés, peureux et/ou agressifs. Tous les samedis, elle part en balade avec les toutous “ à problèmes ”, les seuls qui, pour des raisons de sécurité, séjournent en cage.
Mais depuis un an, un vent mauvais souffle sur le refuge sorinnois.
Suite à une visite de l’AFSCA, Sans Famille a perdu son agrément. Il ne lui est désormais plus possible d’accueillir ou de placer des animaux. “ La réglementation est très stricte: pour recevoir l’agrément, il faut présenter un certain nombre de mètres carrés de surface lavable par chien. Or, chez nous, les chiens sont en liberté, dehors. La terre et les cailloux ne constituent évidemment pas une surface lavable! On nous impose donc d’implanter un nouveau hangar capable d’accueillir les animaux ”, racontent les propriétaires du refuge, dépités.
Tant que ce hangar n’aura pas vu le jour, Frédérique et son époux seront bloqués. Ils ne peuvent plus placer leurs petits protégés dans des familles d’accueil. Leur centre subsiste grâce aux dons et aux bénévoles. Frédérique elle-même ne touche rien, et son mari travaille comme livreur de mazout.
“ Nous attendons impatiemment le permis de bâtir de la commune pour démarrer les travaux ”. Mais voilà: le permis traîne: un premier projet a été refusé car le hangar était mal orienté. Il a fallu recommencer toute la procédure. “ Bientôt, nous fêterons notre premier anniversaire d’attente du permis ”, soupire Frédérique. “ C’est quand même triste de constater que ceux qui se bougent pour le bien-être animal sont freinés dans leurs actions ”, ajoute Jean-Pierre.
On peut difficilement lui donner tort... Le bien-être des chiens recueillis chez Sans Famille saute aux yeux. Ils jouent, se baladent, viennent chercher des caresses auprès des visiteurs, se reposent sous un arbre... Autant d’activités qui seraient impossibles dans la cage d’un refuge traditionnel. Une bonne nouvelle quand même, un peu de baume au cœur: Frédérique vient d’être élue femme Yunomi de l’année sur un site Internet qui récompense les chouettes actions.
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